Une journée de rencontre compliquée

31 Mai, 2020

Une réflexion de mes rencontres durant une journée sur les routes d’Espagne quelques années plus tôt.


Aujourd’hui,  les conditions météo sont parfaites et j’ai très bien dormi dans ma tente. Je suis de bonne humeur et tout semble indiquer que je vais passer une bonne journée !

Après avoir rangé mes affaires, je traverse la ville pour aller faire de l’auto stop sur la sortie sud. Ainsi, je me retrouve une fois de plus face à la réalité de la propreté des villes d’Espagne en zone non touristique. C’est une catastrophe ! Je ne parle même pas du triage pour un potentiel recyclage (déjà que l’impact du recyclage est maigre avec 70% du plastique qui n’est pas recyclé). Doucement une étape après une autre…  je parle de la capacité des Espagnols à juste mettre leurs déchets dans une poubelle plutôt qu’à leurs pieds. Ils ont clairement 20 ans de retard culturellement sur des gestes simples et de bon sens alors qu’ils sont nos voisins. Je compare à la France alors que nous ne sommes clairement pas les premiers de la classe…

“Une mer de déchet recouvrant les petites villes et villages d’Espagne”

Un peu déçu mais presque habitué, je continue mon chemin. Je me place à la sortie d’un rond-point pour  lever le pouce et rapidement un artisan me récupère pour m’amener directement à Jaén. Quelle chance ! Je m’étais habitué à plus de difficulté en Espagne.

Ainsi, j’ai passé 1 heure dans une camionnette avec un personnage atypique. Il a ainsi pu m’expliquer tout le long de la route, dans un mélange d’anglais et d’espagnol, que la terre était plate. Vous avez certainement entendu parler de ce phénomène “Earth is flat”. Une histoire entre fiction et théorie du complot…  et oui parce que la terre est plate. Il n’y a aucun doute pour lui et lorsqu’il a des zones de flou quand je pose des questions scientifiques plus pointues sur le fonctionnement d’une terre plate, il répond que c’est les Illuminatis qui brouillent les pistes.

Effectivement, ce serait un complot général et d’ailleurs, il peut le prouver : nous pouvons tous voir sur Youtube des vidéos d’astronautes dans le satellite ISIS avec un signe Illuminati sur l’épaule. Ce triangle qui a fait l’objet de tant de blagues sur Internet depuis des années. J’ai réalisé des recherches sur Internet au sujet de ce signe sur la combinaison des astronautes. Et il n’y a rien allant en ce sens (PS : attention aux images retouchées). Bref, en partant de ce principe, je pouvais trouver une dizaine de symboles Illuminati dans le véhicule de mon chauffeur ! Dans son discours il n’y a aucun esprit critique, aucune remise en question possible de son mode de fonctionnement et de ses croyances. De la même manière, il ne prend pas en considération les explications que je peux donner. La terre est plate ! Pourtant, les étoiles visibles d’un émisphère à un autre sont totalement différentes alors que sur une terre plate nous devrions voir la même chose.

J’étais désespéré…

La discussion est devenue un simple monologue dans lequel j’intervenais de temps à autre pour le pousser à approfondir son raisonnement en vue d’obtenir des explications rationnelles… mais ça n’allait pas bien loin !

À ce moment là, j’aurais dû lui demander. Et alors ? Ça changerait ton présent et ce que tu feras demain si la terre est plate ? ou tu ne vas rien changer, continuer ta vie à travailler et à consommer  ?

En attendant, tu ne t’intéresses à des sujets qui te touchent au quotidien, comme cette malbouffe toxique qui encombre ton camion. Une personne travaillant dans l’industrie agro alimentaire ne donnerai même pas ça à son chien en connaissance de cause. Et tu devrais te demander pourquoi toi tu avales ces choses ! Ça t’ouvrirait la voie à beaucoup de question sur notre société !

Et dans mon désespoir, je me demandais comment, en partant de ce niveau, la société de demain sera plus respectueuse de l’environnement alors que le temps presse (très sérieusement !).

Après réflexion, je me dis que cet homme devait se sentir bien seul. Il avait besoin d’être entendu et compris sur un sujet très sérieux pour lui mais qui fait rire son entourage comme il a pu me le dire à plusieurs reprises. Des moqueries qui l’ont isolé jusqu’à se restreindre à en parler seulement à des étrangers. J’ai trouvé seulement dommage qu’il ne laisse pas de place à un véritable dialogue. J’écoutais ses arguments, je comprenais l’idée derrière sa conception mais aussi les biais dans ses connaissances qui lui permettait de penser ça. Si il était capable d’écouter en retour, nous aurions tous deux appris beaucoup ce jour là. Et au moins, il se posait des questions, même si il n’avait pas les outils pour comprendre ce monde qui l’entoure. Contrairement à une grande partie de la population qui se moque très facilement des autres alors qu’ils n’ont guère plus de connaissances. Extrêmement visible récemment, se conformant à la société à tout prix, ne mettant pas la moindre protection lors de la propagation d’un virus si le gouvernement dit que c’est inutile. Pourtant éprouvé depuis plus d’un siècle et martelé par les professionnels de santé. L’académie de médecine invitait à se protéger autant que possible malgré la pénurie (masques artisanaux, écharpes, etc..). Mais la voix du gouvernement reste maître.

Une population bien docile, qui riait des platistes hier mais acceptera demain que la terre est plate si le gouvernement le décide. Combien sont dans ce cas là ?

Finalement, on arrive à destination ! Mais je découvrirai rapidement que je n’étais pas au bout de mes peines pour cette journée !

Mon chauffeur qui reste une personne très sympathique me dépose à proximité du centre ville. Nous nous saluons et échangeons quelques sourires puis je lui fais un signe d’au revoir avant qu’il disparaisse dans la circulation.

L’heure du repas approche alors je décide de me trouver un banc à l’ombre du soleil brûlant d’Andalousie. Après quelques minutes, alors que je commençais juste mon sandwich fait maison, deux jeunes espagnols se posent sur le banc à côté de moi. Le genre de jeunes que j’appelle “eco+” qui, comme les produits bon marché, font beaucoup de bruit pour se faire remarquer mais sont souvent vides d’intérêts. Alors que je mangeais en faisant abstraction de leur présence, de leurs crachats à répétition et de leur voix forte pour se faire voir… ils commencèrent à me lancer des petites insultes ! Certainement en pensant que je ne parlais pas espagnol. Loupé… J’ai continué à les ignorer jusqu’au moment où ils jetèrent progressivement l’emballage de leurs gâteaux par terre. Outré de voir ce comportement au 21e siècle, dans un pays voisin de la France, je leur ai demandé gentiment de bien vouloir mettre leurs emballages à la poubelle toute proche. Mon espagnol étant extrêmement moyen, je décide de leur montrer l’exemple. Alors j’ai ramassé leurs déchets pour les mettre à la poubelle qui se trouvait à moins de 10 mètres. Et ils m’ont pris pour un fou… ils me l’ont dit littéralement et avec des signes. Je me demandais s’ils avaient déjà vu un être humain ramasser des déchets dans leur vie.

Évidemment, par la suite ils s’amusèrent à en jeter à nouveau pour voir si j’allais recommencer. C’était tellement prévisible mais au début j’avais espoir qu’ils réagissent positivement ! Ayant usé ma barre de patience et d’optimisme pendant mon trajet en voiture sans avoir eu le temps de la recharger, je leur ai parlé “d’éducation” et de “bon sens” ! Et ils m’ont regardé dubitativement pendant un long moment ! Je pense qu’ils sont à ce jour encore, entrain d’essayer de comprendre ce que ça veut dire… aaah désespoir quand tu me tiens !

Dans l’incompréhension totale, leurs cerveaux, se sont retrouvés dans la nécessité de redémarrer tel un ordinateur en mode sans échec… un mode primitif dans lequel ils ne réfléchissent plus. Bien que dans leur situation, la différence avec leur mode normal n’était pas nettement visible ! Ainsi, ils ont commencé à me dire que je ne devrais pas trop faire le malin, que même si j’étais un peu carré, je n’étais pas aussi costaud qu’eux et qu’ils allaient m’écraser.

Je n’étais absolument pas intimidé. Conscient de mes compétences et l’inexistence des leurs, je savais que ce ne serait pas moi qui finirait mal. Toutefois, avec le sourire, j’ai expliqué que ce n’était pas nécessaire de jouer au dur.

Et loin de penser que je sois très musclé, leur musculature était inexistante… contrairement à leur surpoids. Je ne soulève pas ce point pour me moquer mais parce que je pense que s’ils commençaient à prendre soin de leur santé, ils pourraient, par le plus grand des hasards, en apprendre un peu sur la santé de la planète. Je garde espoir malgré tout !

Enfin, ils finirent par partir en passant tout près de moi pour essayer de m’intimider et avec un « ADIOS » un peu grave digne d’un vieux film de gangster. Le plus difficile aura été de me retenir d’exploser de rire. Et cette envie est vite passée en voyant tous les déchets qu’ils avaient laissé s’envoler au gré du vent et que je me suis empressé de ramasser !

Après cet épisode, l’après midi se déroule tranquillement. J’enchaine les galères, les petits problèmes et les pas de chance. Mais loin d’être un problème de chance, c’était un problème d’attention. Je repensais à ces rencontres peu glorieuses de la matinée sans prêter attention à ce que je faisais. Évidemment, ça allait m’amener à une journée toujours plus compliquée en continuant comme ça.

Alors je me suis ressaisi pour me concentrer sur le moment présent afin de finir la journée sur une note positive ! Ainsi, la soirée s’écoule sans aucun autre accrochage. La nuit est déjà tombée et je n’ai pas encore posé ma tente. La forêt à flanc de montagne ne me laissait pas beaucoup d’espace à plat ! Au bout d’un moment, j’aperçois un endroit plus que parfait et il y a déjà quelqu’un sur place dans une tente. Je me suis dis “Cool ! Je vais pouvoir rencontrer quelqu’un de sympa ! Ça va me faire du bien !“. Sauf que, en face, le gars s’est dit “Oh p’tin, en-core un tit con qui vient me f-f-faire chier!“. Ah oui, il était complètement ivre ! Il est sorti de sa tente et il s’est dirigé vers moi en beuglant quelques insultes (décidément)… avec une arme massive entre les mains ! C’était un tronc d’arbre dont il avait laissé des bouts de branche à l’extrémité. L’engin était tellement énorme qu’une batte de baseball aurait eu l’air d’un jouet à côté. Il était encore à 5 mètres de moi que je commençais déjà à reculer. Non pas à cause de son tronc arbre mais de l’odeur d’alcool insupportable. J’aurai juré qu’il s’était lavé avec sa boisson préférée ! Du coup, je me suis même demandé comment il faisait pour réussir à tenir debout avec son énorme tronc d’arbre, il avait déjà du mal à ouvrir la bouche pour me parler. C’était déjà surprenant, qu’il ait réussi à sortir de sa tente dans cet état !

J’ai réussi à le calmer en lui parlant doucement et en lui montrant que je ne lui voulais aucun mal. Je lui expliquais que je voulais seulement poser ma tente à côté. Alors dans une courtoisie que vous pouvez imaginer, il a commencé à m’expliquer qu’il n’y avait pas de place pour moi ici et que je devais partir. Pourtant il y avait la place pour poser un campement de 10 personnes ! Alors j’insiste un peu ! Mais il m’expliqua que c’était son espace et que je représentais un problème. Je demande pourquoi et j’explique que je viens en ami seulement pour une nuit !

Mais, j’ai rapidement arrêté d’essayer de le comprendre, déjà qu’avec un français ivre c’est compliqué alors un espagnol… vous imaginez le délire ! Puis il devenait nerveux et agité. Alors pour éviter qu’il se blesse avec son joujou et parce que je ne savais toujours pas où j’allais dormir, j’ai coupé court à notre rencontre pour me cacher un peu plus loin dans les bois.

Ainsi ma journée se termine sur cette dernière rencontre. Bien que ce condensé de rencontres en si peu de temps soit exceptionnel, ce ne sont pas mes rencontres les plus incroyables, loin de là !

Bref, des personnes sont persuadées que la terre est plate, des jeunes cherchent le sens du mot “éducation” et un ivrogne m’invite à déguerpir avec une massue !

Dommage, la journée avait si bien commencé…

Lorsque l’on voyage pour les rencontres, du moins en grande partie pour ma part, ce genre de journée donne envie de ne plus voir personne. Et c’est exactement ce que j’ai ressenti ! Alors, le lendemain, j’ai préparé mon sac et je me suis barré trois jours dans la montagne ! TOUT SEUL !

 

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